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L’austérité, une politique suicidaire et criminelle

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Nous vivons sans doute l’escroquerie la plus vaste et la plus révoltante qui ait jamais été infligée à l’humanité. D’un côté, les banques centrales occidentales poursuivent le renflouement du système financier (elles ont injecté plus de 15 000 milliards de dollars depuis 2008), alimentant ainsi une orgie spéculative où l’argent ne va plus au travail et à l’économie réelle et où les grandes sociétés gonflent leurs bilans en s’endettant par milliards pour racheter leurs propres actions en bourse. De l’autre, corollaire « nécessaire » de cette finance débridée et cupide, une véritable politique de casse sociale est imposée à l’ensemble de l’Europe et des États-Unis, et provoque stagnation, déclin et régression sociale.

En effet, comme en Grande-Bretagne où l’on constate une stagnation de l’espérance de vie moyenne (et une nette baisse dans les anciennes villes ouvrières et minières), [1] un récent rapport montre que l’espérance de vie des Américains a baissé pour la deuxième année consécutive, alors qu’elle n’avait jamais cessé d’augmenter depuis 1880 ! [2]

Ce qu’on fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi qu’on le fait

Cette politique, qu’en macronie l’on ne qualifie plus ni d’austérité ni de « rigueur » mais de « progressisme », est économiquement absurde, socialement destructrice, et humainement intolérable.

La température de certaines chambres de nos hôpitaux publics (y compris de l’AP-HP) affiche 17°C en hiver et 40°C en été ; des gens meurent dans les couloirs d’attente des urgences surchargées, comme cette sexagénaire morte la semaine dernière sur son brancard aux urgences du CHU de Rennes.

Les EHPAD deviennent de véritables usines à gaz, avec un turn-over incessant des équipes du personnel, où personne ne connaît personne, et où on rationalise au point de réduire de 16 à 12 minutes le temps consacré à laver et à habiller les personnes. Les déserts médicaux progressent sur l’ensemble du territoire français, poussant 61 % des gens (contre 48 % en 2012) à renoncer à des soins chez un généraliste. [3] Les hôpitaux psychiatriques, qui disposent de moins en moins de psychiatres, se transforment en forteresses pratiquant une logique de rendement et de profits. Etc.

Jalouser les miettes ?

Le plus révoltant est d’entendre une retraitée, acculée et humiliée, avec sa petite pension de quelques centaines d’euros, envoyer au diable les cheminots – « il faut qu’ils paient comme les autres ! » –, trompée par la campagne vicieuse du gouvernement Macron-Philippe qui pousse, avec la participation zélée des médias, l’arbre du statut des cheminots pour cacher la forêt de la privatisation de la SCNF. « Qu’on leur sucre leurs privilèges », disait cette retraitée. C’est surtout les trains de proximité qu’ils vont vous sucrer, comme les médecins, les crèches, les écoles, les postes, etc.

L’austérité est partout ; elle frappe de sa faux, elle gangrène les esprits en les induisant à raisonner comme des comptables sans cœur et sans compassion. Les patriciens des hôpitaux publics, poussés à bout par le manque de moyens et la pression comptable, ont récemment confié dans une lettre à leurs patients les reproches dont les accable leur direction : « Savez-vous, docteur, combien votre activité a fait perdre d’argent au pôle cette année ? » ; « Des consultations de quarante-cinq minutes de diabétologie, ce n’est pas rentable ! »  ; ou encore : « Comment cela, vous répondez tous les jours à des dizaines de mails des patients pour adapter les traitements ? Il ne faut pas le faire, ce n’est pas valorisé ! » [4]

Fascisme financier

Le docteur Leo Alexander, l’un des plaignants pour les parties civiles au procès de Nuremberg en charge de juger les crimes nazis, avait décrit comment la mise en pratique d’une logique comptable et d’une pensée utilitariste avait conduit le régime hitlérien à considérer certaines catégories de la population comme du simple bétail, ou comme des bouches inutiles au regard des ressources de la société. Il s’agit selon lui d’une véritable pente glissante conduisant inexorablement à de graves dérapages : « Quelle que fût l’ampleur des crimes perpétrés par les nazis », écrivait-il en 1949, « il est apparu clairement à tous ceux qui les ont étudiés qu’ils ont commencé par de petites choses. Au début, il ne s’agissait que de subtils changements d’attitude chez les médecins. Cela a commencé par la notion – essentielle à l’euthanasie – qu’il existe quelque chose comme des vies ne méritant pas d’être vécues. Initialement, ce terme ne s’appliquait qu’aux personnes souffrant de maladies incurables et chroniques. Pas à pas, on ajouta à cette catégorie les socialement non productifs, les racialement indésirables et, finalement, tous les non-allemands. »

En France, « au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine », comme le proclame l’Article 1 du préambule de notre Constitution de 1946, nous avions inscrit dans le marbre l’obligation de « garantir à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique et mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité les moyens convenables d’existence » (Art. 11).

L’intention de porter atteinte à ces « droits inaliénables et sacrés » est à peine cachée. On se souvient en effet de Denis Kessler, l’ancien vice-président du MEDEF, qui en 2007 n’hésitait pas à appeler ouvertement à « sortir de 1945 » et à « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ».

Occupation financière

En 2013, Jacques Cheminade, avait mis en garde Emmanuel Macron contre les préconisations d’une note confidentielle de J.P. Morgan, datée du 28 mai 2013, qui regrettait que « les Constitutions (…) mises en places dans la foulée de la chute du fascisme, contiennent des caractéristiques qui apparaissent incompatibles avec une intégration plus poussée dans la région (la zone euro) ». Macron, qui avait alors manifesté son étonnement, semble se soumettre sans état d’âme — au nom d’une « raison d’Etat » et d’un européisme débridé — aux dictats de la banque d’affaires de Wall Street, poursuivant ainsi la politique de ses prédécesseurs Sarkozy et Hollande, sous la peau neuve du « progressisme ».

À la veille d’un tsunami financier, qui nous ferait fatalement basculer dans la phase extrême de cette logique, il est temps de se lever pour le seul plan capable de nous sortir de cet engrenage mortel, c’est-à-dire la mise en faillite contrôlée des banques et des spéculateurs, la séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires, l’annulation des dettes illégitimes ou toxiques, et le retour à une véritable économie de planification, d’équipement de l’homme et de la nature, de progrès scientifique et technologique, soutenue par le crédit public émis par une véritable banque nationale.

Après tout, la Chine, qui investit massivement dans le développement des infrastructures de base (10 000 milliards de dollars en dix ans), a réussi à sortir en trois décennies plus de 700 millions de personnes de l’extrême pauvreté, et elle s’est inspirée, entre autres, de la planification française des Trente Glorieuses…

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  • BONIN Stéphane • 19/03/2018 - 19:28

    Diviser pour régner, telle est la devise ! Et là, c’ est les pauvres contre d’ autres (un peu moins) pauvres ! Et pendant ce temps là, ces salopards de financiers et leurs députés godillots osent tout ! Qu’ en pensent donc les gens "de gauche" qui ont voté pour "l’ ancien membre du gouvernement Hollande" (donc (supposé) plus modéré qu’ un Fillon ou une Marine par exemples) ? Se rendent-ils compte de leur épouvantable méprise ? Sont-ils prêt à combattre les (anciens) candidats - aujourd’ hui députés LREM - qui les ont trompé ?

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