Solidarité & progrès

Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race.

AccueilLe monde en devenir - chroniques du jour

Cachez-moi ces privatisations que je ne saurais voir !

visites
479
commentaire
JPEG - 95.9 ko

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a fait savoir le 2 septembre qu’il allait privatiser certaines entreprises « pour avoir de l’argent afin de financer l’innovation ». Quelques jours plus tard, Bercy a annoncé qu’il vendait 4,15 % d’Engie (ex GDF-Suez) sur les 28,65 % possédés par l’État, ce qui représente un « gain » de 1,53 milliards d’euros. Cette vente fait suite à celle de 4,1 % opérée en janvier. Immédiatement, le Premier ministre Édouard Philippe est monté au créneau (le 3 sept. sur France inter) pour rassurer tout le monde : il ne s’agit pas de « privatisations », mais de « cessions d’une partie des capitaux ». Ce correctif sémantique, au-delà du nouveau couac dans la communication gouvernementale, en dit long sur la mauvaise conscience de l’ensemble de la classe politique vis-à-vis de cette question.

Pour justifier cette nouvelle « cession d’actifs », le ministre de l’Économie a expliqué que le gouvernement trouvait préférable de « dépenser de l’argent en finançant l’innovation plutôt que d’être emprisonné dans certaines compagnies qui ne sont pas stratégiques pour l’État français » (on se demande bien d’ailleurs ce qui peut bien être stratégique pour M. Le Maire, si le secteur énergétique ne l’est pas à ses yeux...). Plusieurs autres cessions sur des entreprises « non stratégiques » vont être annoncées – on évoque les Aéroports de Paris, Orange, la Française des Jeux, etc. Macron entend ainsi réunir 10 milliards d’euros afin de créer un fond destiné à financer les start-up innovantes pour enfin faire émerger un champion français du big data. Belle intention, même si la nature et le fonctionnement de ce fond n’ont pas été définis.

Mais ce fond ne serait-il pas la feuille de vigne cachant la réalité de l’austérité budgétaire ? En effet, le gouvernement ne compte pas s’arrêter à ces 10 milliards d’euros. Sous la pression de la Commission européenne et de la Cour des comptes, il doit d’urgence trouver 5 milliards d’euros avant la fin de l’année afin de réduire le déficit public à 3 % du PIB. Et au-delà de cela, c’est « plus de 10 milliards d’euros de titres qui seront vendus » sur l’ensemble du quinquennat.

La finance, cet ami qui vous veut du bien

Revenons quelques semaines en arrière. Fin juin, M. Le Maire s’est rendu à New-York pour rassurer le « gotha de Wall Street » : « La France a changé, elle vous accueille, (…) n’ayez plus d’inquiétudes sur le droit du travail français, (…) n’ayez plus d’inquiétudes sur l’instabilité fiscale française », lançait-il. Dans une interview au journal La Tribune (le 7 juillet), il affirmait qu’ « à New-York, ces mesures sur l’amélioration de l’attractivité ont été bien reçues. (…) Le secteur financier au sens large représente en France plus de 800 000 emplois. La finance n’est pas notre ennemi ». On ne sait si on doit s’émerveiller devant tant de naïveté ou s’alarmer devant une inconscience aussi aigüe... Notre ministre de l’Économie s’inscrit là dans la lignée d’Alain Juppé qui, dans l’Émission politique du 6 octobre 2016 sur France 2, avait dû admettre ignorer l’existence du « shadow banking » (finance de l’ombre), lequel représente pourtant plus de 40 % des opérations des banques européennes, et fait peser une véritable menace sur l’économie – y compris sur les 800 000 emplois du secteur bancaire.

Mettre fin à 30 ans de privatisations

« Je n’ai pas le pouvoir », disait le Président François Mitterrand à sa femme Danielle. « La France, comme le reste du monde, est assujettie à une dictature financière qui gère tout, décide de tout. » En 1986, un jeune conseiller à la Cour des comptes nommé François Hollande traduisait cette impuissance volontaire par la phrase mythique : « La politique économique est désormais l’art d’accommoder les restes, sous-entendu les rares marges d’autonomie qui subsistent ». C’est cette petitesse politique – certes soutenue par le carriérisme – qui a permis les vagues incessantes de privatisations réalisées depuis 1986 par les gouvernement successifs (le gouvernement Jospin étant celui qui a le plus privatisé). En 30 ans, ce sont donc au moins 100 milliards d’euros de « bijoux de famille » qui ont été vendus au secteur privé. Chiffre qu’il faut mettre en parallèle avec les 1400 milliards d’intérêts sur la dette payés par la France depuis 1979, comme l’a rappelé Jacques Cheminade pendant la campagne présidentielle.

La dernière grande privatisation a été celle des autoroutes, réalisée en 2005 (mais initiée en 2002 par le gouvernement Chirac-Jospin). Alors que la plupart des 7000 kilomètres d’autoroutes françaises étaient largement amorties, le gouvernement Villepin les a concédés à trois multinationales du béton et du transport (Vinci, Eiffage et la société espagnole Abertis), pour la somme de 14,8 milliards d’euros, dans le but affiché de « faire baisser la dette ». Pour quel résultat ? Tandis que les actionnaires de Vinci, Eiffage et Abertis se sont partagés plus de 1,5 milliard €/an de dividendes, le manque à gagner pour l’État est aujourd’hui de plus de 15 milliards ! Le prix des péages a augmenté de 20 %, dépassant largement l’inflation. En réalité, cette concession équivaut à l’hypothèse d’un financement des autoroutes (construction, entretien...) au taux annuel de 7,8 % !

Cette aberration économique, qui cache mal une escroquerie en bande organisée, peut et doit être arrêtée. Pendant la campagne présidentielle, Jacques Cheminade a rappelé ce que disait Georges Boris, ami de Charles de Gaulle et conseiller de Pierre Mendès-France : « C’est en dirigeant la monnaie et non en se laissant diriger par elle que, sous le règne social où nous vivons, un remède peut être apporté aux grands maux dont nous souffrons ». C’est pourquoi il faut rétablir un système de crédit public permettant de retrouver un État stratège et inspirateur capable d’investir pour l’avenir et non pour le gain immédiat.

Écrire un commentaire

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Déplier les commentaires||Replier les commentaires
Vous avez adoré cet article ? Rejoignez-nous !

La chronique du 17 novembre le monde
en devenir

Don rapide