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Syrie : Les géopoliticiens jouent la carte de la partition

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L’armée américaine met en œuvre un plan visant à séparer le nord-est de la Syrie, la région se trouvant entre l’Euphrate et l’Irak, du reste de la Syrie. Le commandement militaire américain à Bagdad, le Joint Task Force Operation Inherent Resolve, ou JTF-OIR, a annoncé le 14 janvier la création d’une force armée dans le nord-est de la Syrie, appelée « Border Security Force » (BSF, Force de sécurité frontalière), dont l’objectif officiel est d’ « empêcher la résurgence de Daech » et d’assurer la transition d’une force anti-Daech à une force de sécurité permanente.

« La Coalition travaille conjointement avec les Forces démocratiques syriennes (FDS) afin de mettre en place et de former la nouvelle Force syrienne de sécurité des frontières », a déclaré le colonel Thomas F. Veale, du centre du JTF-OIR, dans une déclaration confirmée par les médias turcs et Reuters. « À l’heure actuelle, 230 personnes sont déjà en formation et l’objectif est d’atteindre une force d’environ 30.000 hommes au final », a-t-il ajouté.

Cette force sera non seulement positionnée le long des frontières syriennes avec la Turquie et l’Irak, mais également le long de l’Euphrate, séparant ainsi la région syrienne contrôlée par les FDS du territoire détenu par le gouvernement. « Les Américains cherchent à s’assurer une présence à long terme en Syrie, mais aussi à contenir l’expansion iranienne en essayant de couper le corridor territorial reliant l’Iran à l’Irak, la Syrie jusqu’au Liban », a expliqué au Figaro un diplomate des Nations unies en charge du dossier.

La tension est immédiatement montée. Les FDS étant dominées dans cette région par des forces kurdes syriennes, estampillées par la Turquie comme l’extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le président Erdogan a menacé de lancer des représailles, affirmant que ses forces armées étaient « prêtes » à lancer une opération « à tout moment ».

De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a dénoncé l’intention des Américains de partitionner le pays : « ceci démontre que les États-Unis ne souhaitent pas maintenir l’intégrité territoriale de la Syrie », a-t-il déclaré lundi matin, suite à l’annonce du CJT-OIR. « Ces déclarations (...) représentent un grave problème, et suscitent des craintes quant à des intentions de diviser la Syrie ». Lavrov a également ajouté que les Américains ne disposaient d’aucune autorisation internationale pour mener de telles actions.

Le contexte

Selon Sergeï Lavrov, les États-Unis et leurs alliés s’entêtent à vouloir « régler les choses en se fondant uniquement sur des diktats et des ultimatums. (…) Ils ne veulent pas reconnaître la réalité du monde multipolaire qui émerge. (…) Les méthodes auxquelles ils recourent pour contenir leurs rivaux sont, pour la plupart, plutôt douteuses et peu scrupuleuses », a-t-il déclaré. « Leur portée est large – du déploiement d’un système mondial de défense antimissile aux sanctions unilatérales, à l’utilisation extraterritoriale de leur législation, et aux menaces de s’attaquer à toute question internationale comme ils l’entendent, ne s’arrêtant à rien, y compris le recours à la force militaire brutale ».

Si au début de son mandat Donald Trump a poussé à une certaine entente entre forces militaires américaines et russes sur le terrain en Syrie et en Irak, afin de mettre fin à une guerre qu’ils avaient déjà perdu sur toute la ligne, aujourd’hui, des fins connaisseurs du Moyen-Orient se disent « pessimistes sur les chances de la paix en Syrie », et notent que « les États-Unis n’ont pas concédé la victoire à Bachar-al Assad et à la Russie ». On a vu aussi récemment l’administration Trump s’engager dans une politique d’hostilité contre l’Iran et ses alliés dans la région. Au point que le Président Macron a mis en garde, en marge de son discours de vœux à la presse, contre « le discours officiel qui est porté par les États-Unis, Israël, l’Arabie saoudite – qui sont nos alliés à de nombreux égards – [qui] est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran ». « On est », ajoutait-il, « en train de subrepticement reconstruire un ‘axe du mal’ »,

Le déploiement de cette nouvelle force aux frontières syriennes s’inscrit dans cette politique « anti-iranienne », au point de mettre en danger la politique de détente avec la Russie et la Chine que Donald Trump a quelques fois soutenue et qui, faut-il le rappeler, est l’une des principales raisons pour laquelle les Américains l’ont élu en 2016.

Tout cela sur fond d’une situation interne aux États-Unis qui reste dominée par le climat délétère entretenu par les médias sur la prétendue ingérence russe, qui n’est autre qu’une tentative de coup d’État « soft » contre la présidence ; même si cette tentative reste vaine pour l’instant, voire menace à tout instant de se retourner contre ses instigateurs. Comme l’a fait remarquer l’ancien analyste de la CIA Ray McGovern sur le site ConsortiumNews le 11 janvier, « le Russia-gate est sur le point de devenir un FBI-gate ». En effet, le FBI et le Department of Justice (DOJ) ont été contraints de fournir des milliers de documents, après avoir refusé de le faire pendant des mois, aux élus du Congrès. Ces documents concernent l’implication d’agents du FBI et d’employés du DOJ dans la fabrication du controversé « dossier Steele » accusant Donald Trump de connivence avec les Russes.

Pour McGovern, le Congrès doit s’attaquer au « chantage du type J. Edgar Hoover, rendu possible par la surveillance électronique de presque tout et n’importe qui... Si, comme beaucoup le pensent, il s’avère que le dossier [Steele] a été utilisé pour justifier un mandat de la FISA [la cour de justice fournissant les mandats d’écoutes] pour fouiner dans la campagne Trump, les personnes impliquées vont se retrouver dans une profonde mouise, si les superviseurs du Congrès font bien leur travail ».

Les récents regains de tensions, en Syrie et ailleurs, doivent donc être considérés du point de vue que les acharnés de l’impérialisme anglo-américain savent que la situation risque à tout moment de se retourner contre eux, dégageant ainsi le champ pour une coopération avec la Russie, la Chine et d’autres pays, idée qui leur est insupportable.

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