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8 % de croissance ? Oui, avec une révolution hamiltonienne !

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Le président Trump a annoncé le 1er mars son intention de taxer de 25 % les importations d’acier et de 10 % celles de l’aluminium. Il espère ainsi stimuler la production américaine – comme lorsqu’il a mis en œuvre sa baisse fiscale favorable pour les hauts revenus du capital —, tandis que son plan d’infrastructures reste bloqué au Congrès, faute de budget. Les taxes concernent avant tout le Canada, premier fournisseur d’acier des États-Unis, et le Mexique – sur fond de négociations pour de nouveaux accords de libre-échange sur le continent nord-américain (Alena) –, mais également l’Europe, Taïwan et la Corée du Sud, la Chine et la Russie arrivant derrière.

Les marchés boursiers ont immédiatement dévissé, et une levée de boucliers s’est manifestée à travers le monde contre ce sursaut de protectionnisme. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, visiblement très inspiré, a menacé de riposter en imposant des taxes sur les Harley-Davidson, le Bourbon et les jeans Levis, en lançant : « nous serons aussi stupides ». L’Allemand Bernd Lange, qui dirige le Comité du Parlement européen sur le Commerce international, a comparé l’annonce de Trump à une « déclaration de guerre ».

Ce qui est notable, c’est que l’initiative de Trump met en évidence la bataille en cours au sein-même de l’administration américaine, qui oppose la faction pro-Wall Street, contre les droits de douanes, à la faction protectionniste. Le grand syndicat AFL-CIO a apporté son soutien enthousiaste au président américain, tandis que son principal conseiller économique, Gary Cohn, un ancien de la banque Goldman Sachs, a démissionné.

Protectionnisme vs libéralisme, faux débat

Ni des taxes aux importations ni davantage de dérégulation financière et de libéralisme ne pourront redonner aux économies américaines et européennes des bases solides à long terme, sans une politique d’investissements dans l’économie physique, les nouvelles technologies et les nouvelles « plateformes d’infrastructures », qui constituent les piliers sur lesquels peut se développer une véritable croissance productive.

Le nouveau directeur de la Réserve Fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, l’a implicitement admis devant la Commission sur les services financiers de la Chambre, en montrant que depuis la crise de 2008, la productivité des États-Unis est quasiment restée au point mort (+0,5 % par an), tandis que les salaires ont augmenté de 2,5 % par an (selon lui), ce qui, du point de vue économique orthodoxe, n’est pas tenable. « Nous avons besoin d’une croissance de la productivité », a-t-il affirmé, ajoutant que « malheureusement, [la Fed] ne dispose pas des outils pour y arriver ».

Puis, Powell a dévoilé sa foi aveugle dans les forces du marché : « je ne peux qu’espérer que la hausse des salaires favorisera l’augmentation de la productivité, en un cercle vertueux ».

Ceci reflète parfaitement le piège idéologique dans lequel se sont enfermées les élites américaines et européennes, conditionnées depuis les années 1970-1980 à considérer l’économie comme une sorte de soupe magique dans laquelle l’État doit intervenir le moins possible afin de laisser les forces aveugles et irrationnelles des marchés s’exprimer librement, seul moyen de favoriser des profits privés dont la somme est supposé engendrer le bien de tous. Les dirigeants politiques de gauche comme de droite ont ainsi intégré l’idée qu’il ne fallait surtout pas augmenter les dépenses de l’État ; ils ont systématiquement appliqué une politique d’austérité budgétaire qu’ils n’ont su remettre en cause malgré les conséquences désastreuses pour nos hôpitaux, nos collectivités, nos écoles, nos infrastructures, etc.

Crédit « hamiltonien »

Toutefois, l’on voit depuis quelques semaines réapparaître aux États-Unis un débat qui avait complètement disparu, au moins depuis l’assassinat de John F. Kennedy, sauf dans les discours et publications du mouvement de l’économiste et homme politique Lyndon LaRouche. Dans l’édition du 7 février du New York Times Magazine, le journaliste indien Pankaj Mishra a rappelé les véritables fondements « dirigistes » de l’économie américaine, et en particulier l’héritage d’Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor américain, montrant que la Chine s’en inspire aujourd’hui avec sa politique de Nouvelle Route de la soie. Poursuivant dans ce débat, le Dr Paul London, chef économiste du Stern Group, a publié le 26 février une tribune sur le site internet Quartz, avec un titre provocateur : « Les États-Unis pourraient-ils retrouver une croissance comme la Chine ? Bien sûr ! »

Paul London estime que « l’économie américaine étouffe à cause de dirigeants médiocres préoccupés par la peur des déficits, des impôts, de la non-rentabilité et du ‘gaspillage’ », alors que les 250 ans de l’histoire des États-Unis démontrent que « de telles dépenses ont toujours boosté la croissance et le secteur privé ». Ainsi, il pose la question : « pourquoi la Chine, la deuxième plus grande économie mondiale depuis 2010, est-elle en train de nous dépasser, et pourquoi les Trumpers tournent en rond sur le quai, au lieu de monter dans la locomotive, comme Hamilton l’a fait ? »

« Aujourd’hui, par exemple », continue l’économiste, « le gouvernement chinois incite les institutions financières à prêter de l’argent à des investisseurs dans le cadre de son immense et ambitieuse initiative de la ceinture et la route [« Belt and road initiative », ou BRI], un programme d’infrastructures transfrontalier, multinational et régional. Il ne semble pas du tout se préoccuper du fait qu’un grand nombre des investissements ne seront certainement pas rentables ».

« Le gouvernement chinois considère, contrairement au Congrès américain, que les trains inter-cités à grande vitesse, les trains de banlieue, les nouveaux aéroports, les autoroutes, le haut débit internet, et même les gratte-ciel vides, forme la base de la croissance, même s’ils ne sont pas rentables. Autrefois, les Américains construisaient des canaux et des chemins de fer qui n’étaient pas rentables, mais qui en faisaient néanmoins une grande nation. Plus maintenant… », regrette Paul London.

Il faut toutefois préciser qu’une telle politique d’investissement dans l’aménagement du territoire ne sera possible qu’au moyen d’un système de banque nationale « hamiltonienne », tel que le préconise Lyndon LaRouche, capable d’émettre du crédit public, comme le faisait la Banque de France avant 1973, notamment en faisant des avances au Trésor.

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